21.05.2008

plan Q

Quatrième

Il s'agissait de transposer un extrait de roman en scène de théâtre.

La situation : Juliette est vendeuse dans un grand magasin, elle conseille un client américain qui cherche un cadeau pour une femme ; chacun est d'abord intimidé, peu à peu ils se sentent plus à l'aise. Pendant la correction, je leur demande de me proposer une réplique du client qui montrera qu'il se sent plus confiant.

Derick (oui, Derick) propose :

le client - On va dans la chambre ?

 

J'ai souri, mi-figue, mi-raisin, rictus du désespoir...

05.05.2008

la bleue

788807478.JPG"Toute notre vie ne serait-elle qu'une suite de cris anonymes dans un désert d'astres indifférents ?"

Ernesto Sabato, le Tunnel

 

En première année de lettres modernes, je viens d'avoir 18 ans, et l'UV, c'est "poétique du Mal au XXème" ou quelque chose comme ça, en littérature comparée. Et je fais mon tout premier oral sur l'incipit de ce roman. J'ai peu voire pas du tout de notions en critique littéraire. Une bleue. Une vraie. J'étale un tissu de paraphrases intutiles et vaines avec tout du long la certitude de ne pas avoir compris ce roman ... mais il faut se lancer. Des mots un peu trop durs, un peu trop incisifs, et j'explose. Flot ininterrompu de larmes, conscience aigüe de sa médiocrité, vague humiliation aussi. Très embarrassée la chargée de TD, mal à l'aise face à ces grandes eaux inondant mes joues. Balbutiements coupés de hoquets : "C'est pas ça, c'est pas seulement ça..."

Une petite étudiante qui chiale dans le métro, le visage enfoui dans ses cheveux, une jeune femme qui pleure, incapable de contrôler l'échappée furieuse de la tension accumulée. Les nerfs qui lâchent, humidement. Souvenir très puissant, j'ai pris conscience ce jour-là du trou béant qui s'ouvrait devant mon choix : les mots des autres.

Ce roman, il est beau, il est court, il est noir. Il pose des questions essentielles, sur l'art, sur le mal ; l'éternelle quête des romanciers qui questionnent. J'ai su plus tard cela. Et encore. Ce jour-là, je suis passée à côté. Vraiment à côté.

03.05.2008

coup de gueule dans le néant

 Troisième année en Guadeloupe. D’2137304493.JPGabord deux dans une dépendance (les « petites îles » : Marie Galante, la Désirade, les Saintes, Saint-Barthélémy, Saint-Martin) puis une « sur le continent » dans un petit collège de la Basse-Terre (500 élèves).

Néo-tit, je venais de faire mon année de stage à Béziers ; avant j’étais prof  en Amérique, puis en métropole, 5 ans au total, question adaptation, ça va… Je débarque aux Antilles : les cours des 4 niveaux du collège à préparer, je suis la seule prof de ma matière dans le bahut, je gère. Mais je crois qu’on peut parler d’isolement… Le niveau est très bas. Je dois m’adapter au niveau tout en respectant les programmes. Un constat : c’est impossible. Pourtant je suis inspectée, je gère. Dans ma classe de troisième, deux élèves ne savent pas lire, trois autres ne comprennent aucun énoncé, aucune question, sur une vingtaine d’élèves. Je ne sais pas trop comment, mais je gère. Je n’ai pas d’enfant ; comment aurais-je pu corriger autant de copies, préparer autant de cours, dépenser autant d’énergie avec trois marmots à la maison ? Comment font les autres ?

Après deux années d’isolement, je pars sinon je ne tiendrai pas. Nouveau bahut et bonne nouvelle : des collègues. Je coordonne la discipline puisque personne ne veut le faire. Des heures en plus. Je débarque, on me colle 1h30 de cours supplémentaires plus un atelier : 2 heures supp. J’en suis à 21h30 par semaine au lieu de 18h. Et je prépare. Et je corrige. Le niveau est encore plus bas. Les : « comment on dit goodbye en anglais, Madame ? » ou « Molière ? XIXème siècle Madame », pleuvent. Hier, je sors de cours à 17h03 au lieu de 17h. La salle des profs est fermée à clé, je ne peux pas récupérer mes affaires, la dame de service est passée par là. Merde, elle est en week-end elle aussi.

Mes programmes précisent que je dois insister pour que les élèves se constituent leur bibliothèque personnelle : leurs parents refusent d’acheter des livres, ma principale confirme qu’ils n’ont pas les moyens. Pourtant les gamins ont tous leur PSP dans leur chambre et leur portable dans leur poche. Tout va bien.

Il fait mauvais être TZR en Guadeloupe : la zone de remplacement est unique sur l’île à la rentrée prochaine, on peut être affecté n’importe où, les routes sont souvent uniques, et parfois mauvaises, des heures et des heures de trajet en perspective.

53 postes supprimés ici.

Puisque les titulaires ne veulent pas aller dans les dépendances (isolement, violence, élèves non francophones…), nouvelle mesure : on y enverra des contractuels…

 
Pourtant, un constat : il faut simplement plus d’humains formés à ce métier pour gérer les hétérogénéités et moins d’élèves par classe pour que ceux-ci soient correctement suivis et se sentent donc impliqués.

 
Et une question : avec de telles mesures, l’objectif n’est-il pas de favoriser la formation des élites, suivis à la maison ; et de laisser dans la mouise les mômes déjà « abandonnés » par leurs familles ?

 
On a la trentaine, on est d’un naturel optimiste, on nous a élevés dans l’amour du travail bien fait, on n’a pas envie de ne plus aimer ce métier que nous avons choisi, on est un paquet à penser à notre reconversion professionnelle très très vite.

baleine

 
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filet de pêche à Anse Canot, Marie Galante
 
 
"Florentino Ariza ne comprenait pas comment une vieille fille sans passé pouvait être aussi savante en matière d'hommes ni comment elle pouvait remuer son doux corps de baleine bleue avec autant de légèreté et de tendresse que si elle eût été sous l'eau. Elle se défendait en disant que l'amour était un talent naturel : "Soit on naît en sachant, soit on ne sait jamais." "  
 
G. Garcia Marquez, l'Amour aux temps du choléra

24.04.2008

mots

"Il était encore trop jeune pour savoir que la mémoire du coeur efface les mauvais souvenirs et embellit les bons, et que c'est grâce à cet artifice que l'on parvient à accepter le passé."

 "Il se heurtait à tout : son esprit rénovateur, son civisme maniaque, son sens de l'humour à retardement sur cette terre de boute-en-train, [...]"

Gabriel Garcia Marquez, l'Amour aux temps du choléra

douceurs

 

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©caro 2008

langueur

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